La plus jolie note du monde

C’est officiel, je suis désormais Accompagnante Éducative et Sociale, diplômée d’état. En gros, c’est un nouveau diplôme, qui existe depuis deux années, et qui forme des gens -dont moi– pour travailler auprès de personnes de tous âges en situation de handicap moteur, sensoriel, mental, social -liste non-exhaustive– dans des structures d’accueil et/ou d’hébergement, à domicile, à l’école, en centres de loisir, en entreprise adaptée, etc. En bref, c’est super large comme domaine, et les missions le sont encore plus ! De l’accompagnement à la suppléance, de l’information à la médiation, l’AES est sur tous les fronts. -C’est pas pour ça qu’il ou elle est bien payé/e, mais bon… si on choisissait le social ou le médico-social pour l’argent, ça se saurait !-

J’ai donc reçu mon bulletin de notes, et mon attestation provisoire en attendant d’avoir le diplôme officiel, signé par qui de droit, « à conserver précieusement car aucune copie ne pourra être délivrée ». Les notes sont tout à fait respectables, si ce n’est carrément démentes. -Moi qui ai décroché mon BAC alors que l’ensemble du corps enseignant s’accordait à dire que je ne passerai même pas au rattrapage, je peux vous assurer que ça fait un choc !- Mais, honnêtement, ces notes-là, je m’en contre-fiche. Parce qu’au cours de mon second stage, j’ai obtenu la plus jolie note du monde…

Pour ce fameux second stage, j’ai intégré l’équipe d’un dispositif ULIS dans un collège par chez moi. Un dispositif ULIS, c’est une « classe » de 12 élèves maxi, en situation de handicap, qui bénéficient donc d’un enseignement adapté. Tous suivent certains cours avec leur classe de référence, selon leurs capacités. J’ai donc passé 7 mois avec ces ados.

Dès mon arrivée, on a mis en place, avec l’enseignante référente, des ateliers théâtre. -Oh ! Mais quelle surprise !!- Tous les vendredis après-midi, pendant 1h, je prenais donc les rênes. Mes ateliers se déroulent toujours la même façon : échauffement, exercices en groupe ou en duo, exercices d’improvisation et retour au calme. Dans ce cadre-là, j’ai décidé de ne pas rendre obligatoire les exercices d’improvisation. J’ai aussi été assez coulante sur les exercices de groupe… Et j’ai bien fait ! Une élève en particulier était totalement tétanisée par ces ateliers ! Un refus total ! J’ai tout tenté avec elle, rien à faire… Au mois de juillet, quand sont arrivées les vacances, je n’étais que déception, remise en question et incompréhension. -Poils au menton-

A la rentrée de septembre, nous saluons quelques nouveaux arrivés dans ce dispositif après avoir dit au revoir aux plus âgés partis au lycée. Un noyau d' »anciens » est toujours là, dont la jeune demoiselle rongée de timidité. A l’annonce de la reprise des activités, elle blêmit, puis rougit, se cache la tête dans les bras, c’est l’équivalent de l’apocalypse pour elle. Je compatis, je me revois la première fois où on m’a dit que je devrais monter sur des planches…

J’élabore donc une nouvelle stratégie… On ne va pas « faire du théâtre », on va « raconter l’histoire du théâtre ». Et pour ajouter une dimension « fun » pour elle, je vais parler du théâtre masqué. Et leur faire fabriquer des masques. En espérant pouvoir les faire jouer avec leurs masques.

Dans un premier temps, je leur ai donc raconté la naissance du théâtre -Ils m’ont demandé si j’y étais…-, le pourquoi du masque, les matériaux utilisés, la Commedia Dell Arte -« Comme les pizzas ?! »- gravures, illustrations et masques à l’appui. Avec la série de masques que je leur avais apporté, ils ont inventé un caractère à chacun, et créé une histoire de toute pièce. Sur les séances suivantes, ils ont fabriqué chacun son masque, avec des bandes de plâtre et pas mal de récup’, pour créer du relief : un grand nez, des joues rondes, des rides creusées, en fonction de ce qu’ils avaient envie de faire ressortir : la joie, la colère, le grand âge, l’ingénuité…

Et puis est venu le grand jour : retour des exercices -allégés !- de théâtre, travail sur le corps et d’imagination pour raconter une courte histoire avec leurs masques. Et là, ça coince. La timidité a repris le dessus, et l’ado tétanisée a refusé net de s’investir d’avantage. A nouveau, j’ai ressenti énormément de déception, je me suis posé des tas de questions, j’y avais tellement cru !

Lors de la dernière séance, qui marquait également la fin de mon stage, la prof a demandé aux élèves de se placer dans la position de l’examinateur et de me donner une note. Une note objective, pas une note complaisante. Pour l’ensemble de mon stage d’abord. Je suis assez fière d’eux, dans le sens où ils ne m’ont pas fait de cadeau, mais que je m’en suis sortie avec une belle moyenne ! Est venu ensuite l’instant fatidique de me donner une note pour les ateliers. Les élèves se sont déchaînés et les 20/20 ont plu… sauf pour une élève -devinez laquelle…-…

« Parce que je n’ai pas aimé les exercices, mais que j’ai adoré apprendre des choses sur le théâtre et les masques : 14/20 ! »

14/20… La plus jolie note de toute l’histoire de ma scolarité… Merci, miss Timide !

masques
Les masques entièrement imaginés et créés par les élèves de l’ULIS

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